Si vous voulez savoir la valeur de l’argent, essayez donc d’en emprunter.

Benjamin Franklin (17 Janvier 1706 – 17 Avril 1790), scientifique, politique et auteur américain

Dans cet article, vous allez apprendre que non seulement des produits et des services ont un prix, mais également l’incertitude, la peur et le risque.

Imaginez que je vous emmène à la piscine et que je vous demande d’effectuer un saut de l’ange du plongeoir de dix mètres. Si vous êtes un fanatique habitué du plongeon de haut vol, vous n’allez probablement pas hésiter et sauter. Mais si, comme moi, vous détestez les piscines et si la dernière chose à laquelle vous pensez en vous levant le matin est de faire un plongeon dans une flaque d’eau, vous ne serez certainement pas prêt à monter sur une tour et à vous jeter dans le vide.

J’ai alors deux options : Soit je renonce au spectacle de vous voir faire un plongeon, soit j’essaie de trouver un moyen pour vous convaincre de sauter. Comme je suis un gars gentil, je vais renoncer à recourir au chantage ou à la force des armes et je vais plutôt vous promettre une récompense, un morceau de chocolat par exemple, deux morceaux… une pizza…

Si l’incitation est assez grande, même si vous avez une trouille bleue, vous serez peut-être prêt à sauter. La récompense que je vous offre n’est rien d’autre que le prix, la prime, que je dois payer pour vous faire surmonter votre peur et faire quelque-chose que vous n’aimez pas faire. Ou bien, pour emprunter le titre d’un célèbre film franco-italien des années 1950, c’est en quelque sorte « le salaire de la peur ».

Maintenant imaginez que je suis banquier et que vous voulez que je vous prête de l’argent. Si j’ai la certitude que vous me rembourserez mon argent le moment venu, je n’aurai pas de problème à vous prêter un certain montant.

Si, par contre, j’ai peur que vous ne soyez pas très fiable, que vous allez gaspiller l’argent que je vous prête, qu’il est dès lors très incertain que vous pourrez me le rembourser un jour et que je risque de perdre mon argent, je ne vais pas consentir à vous en prêter. Comme vous êtes un gars gentil également, vous excluez l’alternative d’un hold up et vous cherchez un moyen plus civilisé pour me convaincre de vous prêter quand-même l’argent dont vous avez besoin.

Et comment faire ? Eh bien, en m’offrant de me payer une prime, de me rembourser un montant nettement plus élevé que le montant que je vous prête. (Il est vrai qu’en pratique, c’est le banquier qui va exiger le paiement d’une telle prime et non pas l’emprunteur qui va l’offrir, mais soit, pour comprendre le principe, c’est un détail négligeable ici.) Cette prime est le prix que vous devez payer pour que j’accepte de vivre dans l’incertitude et d’assumer le risque que vous ne me remboursez pas l’argent que je vous prête. Et plus je considère que ce risque est important, plus la prime que vous devrez payer sera élevée. Dans le monde de la finance, on appelle cette prime « prime de risque ».

Quelle leçon en tirer?